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Autour de l'oeuvre de Lotfi HAJJI, Bourguiba et l'islam : le leadership et l'imamat

26 Février 2014, 20:32pm

Publié par Al-Islam-fi-nafsi

Parler de Bourguiba revient souvent à parler de son oeuvre en religion, appelée rénovation ou dégradation de l'islam selon qu'on la valorise ou la dévalorise. Ce faisant, on manque d'objectivité, versant dans le dogmatisme ou le sentimentalisme, deux traits caractéristiques d'ailleurs de la personnalité de Bourguiba.

Autour de l'oeuvre de Lotfi HAJJI, Bourguiba et l'islam : le leadership et l'imamat

 

En effet, cette grande figure de l'histoire contemporaine, du moins arabe islamique, ne fut nullement un Ataturk maghrébin, n'ayant pas été un moderniste radical, ni un réformateur pur, les considérations politiques dans sa vie l'ayant emporté sur les espaces de pure rénovation religieuse. Il fut d'abord un leader politique se voulant charismatique, usant de la religion comme d'un levier pour une ambition personnelle dévorante.

Certes, l'oeuvre ne fut pas minime, notamment en matière conjugale, de généralisation de l'enseignement et de limitation du rôle public de la religion, en instillant dans la vie publique des éléments de la sécularité occidentale. Toutefois, cette oeuvre fut mâtinée d'éléments subjectifs qui l'ont viciée, jetant des ombres sur l'héritage de cet esprit qui se voulait rationaliste, mais qui ne sut se libérer de l'atavisme de l'autorité, devenue culte de la personnalité. Aussi, s'il a usé de la raison, ce fut cette raison raisonnante, versant dans le scientisme, et non une raison sensible tenant compte des réalités tangibles et des mentalités qu'il a voulu brusquer pour les conformer à sa raison et à sa vision du monde, refaisant du dogmatisme profane quand il prétendait lutter contre ses manifestations religieuses.

Une personnalité complexe

C'est à un tel sujet passionnant que Lotfi Hajji a consacré son dernier livre en arabe intitulé: «Bourguiba et l'islam. Le leadership et l'imamat». Le talentueux journaliste tunisien de la chaîne Al Jazeera y tente une relecture du rapport entretenu par Bourguiba avec l'islam. Ce fut une sorte d'inimitié intime, une relation loin d'être ordinaire, pour ne pas dire anormale, ou complexe pour le moins, selon les propres termes de l'auteur. Ce fut d'ailleurs à la fois la cause et la conséquence de la multiplication des critiques adressées à Bourguiba et à son œuvre, venant non seulement de ses adversaires et ennemis, mais même de certains de ses laudateurs, ceux qui reconnaissaient la justesse de son analyse, mais en avaient contesté la forme et la méthode.   

Comme le dit Hajji, Bourguiba eut la volonté dès le départ d'imposer sa lecture d'un islam jugé perverti. S'attaquant à une forte partie, confiant dans son pouvoir, il privilégia la méthode forte, cherchant les effets bénéfiques de l'électrochoc; ce qui lui valut d'être traité de mécréant. Aussi, grâce à la distance temporelle est-il nécessaire de réévaluer cette lecture, en faire en quelque sorte la relecture loin de tout sentimentalisme, privilégiant l'objectivité, en se basant sur les textes fondateurs des discours du président Bourguiba sans préjugés ni partis-pris.

Le livre de Hajji est donc une contribution majeure pour connaître Bourguiba l'homme, le politique et le réformateur, le leader se voulant toujours charismatique et l'imam qu'il ne réussit pas à être, malgré son talent et ses atouts. C'est en quelque sorte revisiter la bataille de Bourguiba pour un islam rénové, une bataille toujours d'actualité, mais en revenant sur le terrain initial des événements réels afin de les restituer dans leur véritable dimension aussi bien temporelle, spatiale que psychologique et symbolique.

Une œuvre au nom de l'islam

Cela permet de dépoussiérer certaines vérités, dénoncer ce qui fut pris à tort comme une clef de la personnalité bourguibienne et qui ne fut qu'un passepartout, une fausse clef; je veux parler de l'occidentalisme de Bourguiba. Cette marque avérée du Combattant suprême ne fut pas aussi déterminante qu'on le pense; ainsi, elle est loin de ramener pas exemple à la figure et l'entreprise radicale d'Ataturk. Contrairement au Turc, l'œuvre tunisienne fut menée de l'intérieur de la religion, au nom de l'islam et non contre la religion. Toutefois, il restait à bien définir ce qu'était l'islam authentique; ce en quoi Bourguiba aurait échoué par excès de caractère, non seulement fort, mais trop imbu de sa personnalité.

Autour de l'oeuvre de Lotfi HAJJI, Bourguiba et l'islam : le leadership et l'imamat

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