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Islam en France : il faut sauver Willy

21 Septembre 2013, 11:00am

Publié par Al-Islam-fi-nafsi

Le Qatar fait beaucoup parler de lui. Le Qatar fait beaucoup parler tout court. Notamment un quelqu’un qui écrit dans Libération et qui raconte des choses. Détails.

Al-Kanz

Willy Le Devin. Vous ne le connaissez pas, c’est normal. Ça ne devrait pas changer. Willy Le Devin est un quelqu’un accueilli parfois par le quotidien Libération pour écrire des choses sur un ordinateur et les mettre en ligne. Willy pense qu’il écrit des articles de journaliste.

Willy Le Devin. Vous ne le connaissez pas, c’est normal. Ça ne devrait pas changer. Willy Le Devin est un quelqu’un accueilli parfois par le quotidien Libération pour écrire des choses sur un ordinateur et les mettre en ligne. Willy pense qu’il écrit des articles de journaliste.

Willy dans un livre sérieux

En début de semaine, les éditions Demopolis ont eu l’amabilité de nous envoyer le livre Qatar, les nouveaux maîtres du jeu, dont nous avions découvert le titre au détour d’un tweet.

L’ouvrage est collectif. S’il a retenu notre attention, c’est parce que nous suivons l’un des auteurs sur Twitter, Olivier Da Lage, journaliste à RFI et spécialiste du Moyen Orient. Les articles de Da Lage sont intéressants, factuels et renseignés.

Il faut à cet égard lire l’article très intéressant qui ouvre Qatar, les nouveaux maîtres du jeu au sujet des relations anciennes – déjà sous Giscard – entre la France et le Qatar. Olivier Da Lage, du journalisme donc.

Et puis, il y a Willy Le Devin qui arrive juste après Olivier Da Lage. Tout de suite après, au chapitre 2. On ne s’y attend pas, ça fait vraiment drôle. Un peu comme quand, la tête dans les nuages, au volant de votre voiture vous rétrogradez de la cinquième à la deuxième. La voiture prend cher. Eh bien, là c’est le journalisme qui prend cher. Parce qu’à y regarder de plus près, dans Willy Le Devin il semble y avoir quelque chose de Caroline Fourest, l’habileté en moins.

Willy dit des choses

Chapitre 2 donc. « De l’aveu même de l’un des habitués », « une source du renseignement intérieur », « confie un proche de Laurent Fabius », « certaines sources rapportent », « observe un membre influent de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), « beaucoup prétendent », « d’aucuns disent », « confie un proche de l’ambassade du Qatar à Paris », « déclare une source communautaire musulmane ». Et ce qui semble être une marque de fabrique : « Une rumeur ditmême que les Qataris ». Ça c’est Willy Le Devin dans ses oeuvres, un quelqu’un qui connaît beaucoup de choses, mais qu’il faut croire sur parole. Un quelqu’un qui prétend relater des faits ou des propos absolument invérifiables, puisque les protagonistes qui seraient les sources des informations de Willy Le Devin ne sont pas identifiés ni identifiables.

Et puis il y a le chapitre 15 intitulé « L’islam ». Voici quelques citations qui valent leur pesant de cacahuètes :
- C’est pourquoi l’émirat s’active en coulisses pour permettre à l’UOIF de s’imposer dans le paysage français
- CBSP, organe de collecte du Hamas
- Ennasri publiait sur le site islamiste Oumma.com

Ennasri n’est autre que Nabil Ennasri, président du collectif des musulmans de France (CMF) que Willy Le Devin semble avoir pris en grippe. Page 180, ce dernier élabore une information : les activités de Nabil Ennasri sont financées par le Qatar. La preuve ? « Beaucoup de fidèles rencontrés au centre Tawhid [le] prétendent ». « Beaucoup de fidèles » donc. Il poursuit : « Par le même biais, on apprend que le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) du sociologue Marwan Mohammed serait logé à la même enseigne. C’est la vaste campagne de communication +Nous sommes la Nation+, lancée par le CCIF en novembre 2012, qui a attiré l’attention. D’aucuns disent sans difficultés qu’elle a été financée en partie par l’émirat car elle dépasse largement ce que le CCIF peut se payer. Mais, là encore, la rumeur n’a donné lieu a aucune confirmation officielle. »

Si zéro et zéro, c’est la tête à Toto…

Si zéro et zéro, c’est la tête à Toto, fail et fail, c’est la tête à Willy :

- Selon Willy Le Devin, le CCIF serait au sociologue Marwan Mohammed. Fail : Marwan Mohammed du CNRS n’est pas Marwan Muhammad du CCIF. La confusion est courante, mais quand on se dit journaliste, on procède à un minimum de recherches. Si on ne sait pas faire, on demande à ses collègues. Il doit bien y avoir des journalistes chez Libération qui ont déjà utilisé les Internets, non ? Notamment un site qu’on appelle « Google » – nous avons vérifié, ce n’est pas une rumeur. Willy Le Devin aurait évité de commettre cette énorme boulette, qui porte clairement préjudice au sociologue. En affirmant de la sorte que Marwan Mohammed, qui n’est pas « du CCIF », est financé par le Qatar, le journaliste met en cause l’indépendance du chercheur au CNRS, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes. Une telle affabulation, qui vise à jeter le discrédit, n’aura aucun effet sur une association privée telle que le CCIF. Sauf que…

- Sauf que Willy Le Devin a commis une seconde boulette qui passe mal dans un ouvrage sérieux comme l’est Qatar, les nouveaux maîtres du jeu. La campagne du CCIF aurait été financée en partie par le Qatar. C’est en tout ce que le journaliste tient à faire croire. Sur la foi d’une rumeur. Là encore Google aurait permis d’éviter cet epic fail. Même quand l’information est publique, Willy Le Devin réussit le tour de force d’élaborer ses théories abracadabrantesques à partir de rumeurs. Il lui aurait pourtant suffi de taper dans un moteur de recherche la requête « Nous sommes la Nation financée » pour éviter cet impair. Laissons-le trouver tout seul.

Mais il y a pire. Deux pages plus loin, page 182, Willy ose ce qui suit. On ne rit pas.

La décence nous oblige à ne pas nous rouler parterre ni à nous taper la bedaine contre le sol tant c’est à mourir de rire. Nous nous contenterons d’un circonstanciel megalol. Non, là vraiment. Même Caroline Fourest, conteuse intermittente pour islamophobes contemporains, n’est pas allée aussi loin dans la farce. Caroline tricote, mais avec un certain souci de la réalité. Caroline conte toujours en prenant soin de raconter des sornettes audibles, à défaut d’être vraies. Caroline affabule avec réalisme. Alors que Willy… Finalement, Caroline Fourest n’était pas si pire, comme disent nos amis québécois.

Il y a urgence. Il faut vraiment sauver Willy et tout ce monde qui lui donne toutes ces infos qui lui permettent d’écrire ces articles et de savoir tant de choses, tout ces gens qui parlent en même temps… dans sa tête.

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